Présentation de l'équipe

Notre équipe est née d’une envie et d’un constat
Au cours d'échanges entre copines, nous avons discuté de notre regret de ne pas avoir été initiées au football étant petites, contrairement aux garçons de notre environnement. Pourquoi donc un sport autant apprécié par l’ensemble de la population est-il si peu pratiqué par les femmes ?
Nous avons constaté qu’aucun cadre n’existait à Toulouse pour une femme adulte qui souhaiterait s’initier au foot. Ainsi, en 2016, nous avons créée les footeuses de M, un atelier sportif auto-géré, avec pour objectif d'apprendre et jouer au foot dans une ambiance bienveillante, maîtriser les règles et gestes de base, les stratégies, se mettre en forme et développer l’esprit collectif, en dehors des logiques compétitives.

La difficulté à accéder à un terrain dans Toulouse
Nous avons d’abord trouvé un coach volontaire pour nous entraîner, défini un créneau qui nous convenait et repéré un terrain synthétique disponible sur ce créneau. Nous nous sommes ensuite rapprochées du service des sports de la mairie qui nous a indiqué qu’il fallait nous constituer en association pour pouvoir réserver un terrain municipal. Nous avons ainsi fondé l’association les footeuses de M. On nous a alors informées que les terrains municipaux étaient réservés en priorité aux clubs de foot de la FFF, pour les matchs universitaires et FSGT, et que par conséquent :
- aucun créneau n’était disponible sur le planning des réservations car les clubs réservent plus de créneaux que ceux dont ils ont réellement besoin « au cas où »,
- une petite équipe comme la notre n’avait aucune chance d’obtenir une réservation sur un terrain municipal, quelque soit la portée et l’importance sociale de notre projet.
Entre 2016 et 2019, plusieurs clubs nous ont temporairement permis de jouer sur des terrains qu'ils avaient réservé, espérant ainsi nous intégrer comme équipe féminine. Réalisant que nous ne rejoindrions pas leur club (licences chères, compétition, sélection des joueuses, perte de l'organisation en auto gestion, etc.), certains nous ont reléguées dans des terrains impraticables, d'autres ont demandé au gardien de ne plus nous allumer l’éclairage.
Après trois années de galères, nous avons contacté les clubs toulousains un par un, en leur présentant nos critères non-négociables :
- un créneau horaire correct sur un terrain praticable et éclairé
- des licences à un prix raisonnable,
- pas d’obligation de compétition,
- conservation de notre autonomie d’organisation,
- pas de mise à l’écart de joueuses de faible niveau sportif, d’âge élevé, transgenre, ou portant le foulard1.
Tous les clubs se sont dits prêts à nous accueillir mais un seul a accepté ces cinq modalités : l’ASTM qui nous accueille chaleureusement depuis 2019 au Stade Canto Laouzetto à Bellefontaine, dans le quartier du Mirail.

Les principes que l’on a développé au fur et à mesure
- L’auto-gestion et l’autonomie : nous souhaitions garder notre pouvoir de décision concernant ce que l’on souhaite pour l’équipe, favoriser la participation, créer un espace de construction ;
- La non-mixité : au début entre femmes puis ouvert aux personnes trans2, nous avons eu des coachs hommes cisgenres3 à nos débuts mais nous sommes maintenant coachées uniquement par des femmes ;
- L’accessibilité : que tou-tes puissent intégrer l’équipe quel que soit son niveau, sa condition physique, son âge, sa pratique religieuse, sa situation familiale, ses ressources financières ;
- L’inclusivité : faire en sorte d’inclure toutes les personnes et réfléchir ensemble à notre manière de les intégrer le mieux possible, travailler nos éléments de langage, notre communication, nos gestes ;
- La bienveillance : rester hors des logiques compétitives, se pousser à progresser ensemble, créer un espace ou chacun.e puisse se sentir à l’aise et s’exprimer.

Pourquoi c’est important de proposer et favoriser des alternatives telle notre équipe de foot
Les dirigeants de club de foot en France sont uniquement des hommes cisgenres et le nombre de femmes licenciées en football est infime : 180 000 pour 2,2 millions de joueurs. Socialement c’est très étrange qu’une femme pratique le foot, surtout si on ne l’identifie pas comme sportive ou masculine, car on considère que c’est un terrain « réservé aux hommes cisgenres ». Or, un sport ou une activité n’est réellement populaire que si ce n’est pas une seule partie de la population déterminée par son genre qui s’en empare et d’une seule façon.
Dès l'enfance, on voit que presque uniquement des garçons jouent au foot dans la cour d’école en occupant tout l’espace et en obligeant les filles à se serrer dans des coins où elles ne risquent pas de se retrouver au milieu du jeu. Dans leur apprentissage de la spatialité, les garçons sont amenés à consommer beaucoup d'espace, tandis que les filles se partagent celui que ces derniers veulent bien leur laisser. Le sport collectif et particulièrement le foot est un outils d’émancipation que les femmes, les personnes trans ou non binaires doivent pouvoir investir : cela permet d’apprendre à occuper et à gérer l’espace, de développer de la force, un bien-être physique, des techniques et des stratégies collectives.

L’inégalité dans les politiques sportives de la ville
75% des budgets loisirs des communes profitent uniquement aux garçons / hommes cisgenres
100% des usagers des city-stades et 95% des usagers des skatepark sont des hommes cisgenres
Les grands stades de foot sont occupés à 90% par des hommes cisgenres
Il y a un enjeu d’égalité dans l’utilisation de l’argent public qui doit profiter autant aux femmes qu’aux hommes cisgenres. Un budget pourrait par exemple être dédié à un programme qui encourage les filles à jouer au foot, ou à la formation des animateurs à l’égalité hommes-femmes et sur la place des personnes trans dans le foot ou le sport en général.