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La veille SOGA
M’enfin, c’est un sueducul ça !
Cet été, Next continue évidemment de vous informer sur les enjeux du numérique et de la tech au sens large, mais se propose aussi de vous divertir avec un cahier de vacances spécial geek. On vous a préparé des mini-jeux pour vous occuper sur la plage, à la montagne, en voyage… Cerise sur le gâteau, il y a des cadeaux à gagner.
Après des mots mêlés spécial Mythos et Donald Trump, Next continue de vous proposer quelques petits jeux pour agrémenter l’été, généralement propice aux vacances. Cette fois-ci, on revoit un autre classique : le Sudoku. Pas de chiffres de 1 à 9, mais des ports réseaux parmi les plus utilisés à aligner : 21, 22, 25, 42 (parce que 42 est incontournable), 53, 80, 443, 3308 et 8080.
- #Flockeries et cahier de vacances : amusez-vous avec Next et tentez de gagner des cadeaux
- Quand les mots s’en mêlent : aidez Donald Trump à trouver le message caché de Mythos !
Chaque groupe de neuf cases ne comporte qu’un seul port, de même pour les lignes et les colonnes du tableau dans son ensemble. Seras-tu capable de résoudre l’épineux problème de notre ingé réseau ? Pour les plus persévérants qui arrivent au bout, un dessin bonus les attend ! Il y a trois grilles différentes pour les plus acharnés. Ces jeux sont développés avec une IA générative (Claude Code).
Sur desktop et mobile, le principe reste le même : cliquez sur un port RJ45 puis sur un numéro de port à lui attribuer. Vous pouvez voir ce qu’il en est en cours de route en cliquant sur Vérifier (en rouge les erreurs, en vert les bonnes réponses). Pour arriver au message final, il faut évidemment compléter la grille dans son intégralité.
« Les médias, c’est le meilleur endroit où mettre de l’IA »
S’inspirant de la façon qu’avaient eu Bernard Tapie, Vincent Bolloré et Bernard Arnault de bâtir leurs empires financiers, un entrepreneur et influenceur français rachète des entreprises « en redressement judiciaire, sans reprendre la moindre dette ». Ses cibles : des médias, qu’il fait carburer à l’IA. Objectif : de 5 à 50 M€ de chiffre d’affaires en 5 ans, et être coté en bourse.
Article initialement publié le 20 juillet et mis à jour ce 24 juillet suite à l’annonce du rachat par Overlord du Journal des Entreprises, et le licenciement de ses 35 journalistes salariés, avec un bloc intitulé « Faire des journaux sans journalistes, on a vu mieux comme sauvetage de la presse ».
Un ancien avocat de 34 ans vient de procéder, en quelques mois, à trois levées de fonds afin de racheter deux titres de presse économique, Le Revenu et Le Nouvel Économiste, puis IT FACTO, un groupe de presse s’adressant aux entreprises du secteur privé ou public, éditeur d’une dizaine de médias dans la tech, dont Le Monde Informatique, CIO et Distributique. Il s’en félicite sur LinkedIn :
« Notre ambition est de faire de Le Monde Informatique la référence francophone sur les technologies, l’intelligence artificielle et la transformation numérique des entreprises. Ces enjeux sont vitaux pour notre économie, la France et l’Europe. Son positionnement complète nos autres acquisitions : Le Nouvel Économiste, consacré à l’économie, et Le Revenu, dédié à l’investissement. »
Le mois dernier, il justifiait son intention de rachat avec un objectif autrement plus ambitieux, visant rien moins qu’à faire de son entreprise, Overlord (seigneur suprême ou suzerain, en VO, à savoir une entité supérieure régnant sur ses vassaux), « un conglomérat de média » (sic) :
« OVERLORD MEDIA veut rentrer dans le débat. Parce que la transformation numérique est la mère de toutes les batailles. Et la France a besoin d’une presse IT libre pour la comprendre.
Hâte de créer avec vous un conglomérat de média !
Bientôt au cœur du débat sur la Tech et le numérique !
Pour suivre la création de ce conglomérat,
Suivez-moi, Gaspard »
Sur LinkedIn, Instagram et YouTube, Gaspard de Monclin se comporte moins comme un journaliste que comme un influenceur, collant systématiquement son visage au-dessus de ses éditos et vignettes de vidéos (souvent générées avec l’aide de l’IA), et les clôturant tout aussi systématiquement par un appel à le suivre sur les réseaux sociaux.





Son objectif semble en effet moins d’informer que de gagner en influence, et de convaincre ses abonnés d’investir dans ses levées de fonds, même et y compris dans les vidéos en « collaboration » avec Le Revenu.
L’une d’entre elles va jusqu’à parodier une conférence de presse d’un club de foot, explique que Le Nouvel Économiste « distribue des caviars aux dirigeants », évoque un « mercato » d’acquisitions d’autres médias, dont Le Monde Informatique serait l’« avant-centre », qu’Overlord Media a ouvert son capital, pour que « les fans puissent participer à la croissance du groupe, et financer ce mercato de folie », sans préciser que les questions sont posées par une IA (et non des journalistes, comme indiqué dans la vidéo), et que ceux qui y répondent sont en fait les responsables marketing d’Overlord.



À mi-chemin entre le bateleur et l’influenceur, Gaspard de Monclin apparaît en outre à la fin de la vidéo et promet de répondre en DM à ceux qui auront mis MEDIA en commentaire.
Un peu comme si Vincent Bolloré ou Bernard Arnault étaient interviewés par des IA sur CNews ou Paris Match afin d’y relayer leurs analyses macro-économiques et d’y faire la promotion de leurs propres investissements, et sans mention « publireportage » ni du fait qu’ils possèdent, eux aussi, les médias en question.
Un business plan, et une ambition, que nous avons voulu décrypter, d’autant que Gaspard de Monclin présente aussi son entreprise comme « une boite tech’ » employant autant d’ingénieurs que de journalistes, et que ceux qui n’utilisent pas l’IA devraient être « virés », parce qu’ils ralentissent l’équipe.
Alors que des centaines de journalistes ont d’ores et déjà été licenciés cette année, souvent au prétexte de l’IA, notre enquête sur la pollution informationnelle que représentent les sites d’infos générés par IA nous a d’ores et déjà permis d’en identifier plus de 15 000. Pour rappel, nous avons développé une extension web (gratuite) pour les navigateurs basés sur Chrome et Firefox permettant d’alerter ses utilisateurs lorsqu’ils consultent un site GenAI.
- Des centaines de journalistes poussés vers la porte, souvent au prétexte de l’IA
- [Récap] Nous avons découvert des milliers de sites d’info générés par IA : tous nos articles
« Quand j’embauche des avocats, je suis déçu quand la rédaction n’est pas IA »
Wonder WikiWoManIA
À l’occasion des 25 ans de Wikipédia, qui rassemblaient 1 200 personnes à Paris, Wikimédia France dresse 6 « priorités » déclinées en 28 « recommandations concrètes », qualifiées de « véritable feuille de route politique et législative pour bâtir un écosystème numérique transparent et pluraliste » favorisant, à l’horizon 2035, les biens communs numériques.
La Cité des sciences et de l’industrie accueillait du 21 au 25 juillet à Paris la 21e édition de Wikimania, l’évènement mondial annuel organisé par Wikipedia, intitulée cette année « Liberté, Équité, Fiabilité », célébrant les 25 ans de l’encyclopédie participative et auquel Next avait été convié.
Plus de 1 200 personnes y ont assisté physiquement, dont un peu plus d’un tiers (34 %) ont moins de 35 ans et environ deux tiers provenant de pays situés en dehors de l’Europe du Nord et de l’Europe occidentale, et plus de 2 000 en ligne.
Une quinzaine de journalistes ont assisté à la conférence de presse, où Jimmy Wales, le fondateur de Wikipedia, a rappelé que les différents sites et projets de l’encyclopédie totalisaient 15 milliards de visites par mois. Interrogé par Next au sujet des problèmes posés par les sites d’info générés par IA, Jimmy Wales nous a répondu que « ce n’est pas seulement un problème, c’est une crise ».
Bernadette Meehan, directrice générale de la Fondation Wikimedia, a de son côté souligné que « l’Internet ne pourrait pas survivre sans Wikipedia » et que son objectif était d’informer, pas d’influencer, ce pourquoi « nous ne voulons pas d’opinions ».
Interrogée sur Grokipedia, la soi-disant encyclopédie générée par IA d’Elon Musk, créée pour concurrencer Wikipedia, elle a ironisé quant au fait que l’article la concernant contient non seulement des informations erronées, mais va également jusqu’à émettre des « opinions » biaisées à son sujet.
Rémy Gerbet, directeur exécutif de Wikimédia France, a de son côté rappelé que « nous sommes à la veille d’élections démocratiques majeures, dans un contexte de défiance et de désinformations ». Ce pourquoi l’association a profité de Wikimania pour publier un livre blanc, « Vers une société des communs numériques », qui formule un « diagnostic d’urgence », afin de « se faire entendre des candidats », au motif que « l’essor de l’intelligence artificielle générative et l’hégémonie des grandes plateformes font peser un double risque sur notre démocratie » :
- d’une part, une saturation du web aggravée par des contenus synthétiques non vérifiables altérant la confiance des citoyens,
- d’autre part, un phénomène d’enclosure juridique et économique entraînant la privatisation des savoirs et la captation de la valeur produite par la création humaine.
Dès lors, garantir une information « fiable, accessible et gouvernée collectivement dans l’intérêt général » constitue désormais un «enjeu démocratique majeur », avance l’association. C’est pourquoi elle appelle à « renforcer la résilience de notre espace informationnel, la préservation des biens communs numériques et la promotion d’une innovation respectueuse des principes démocratiques » :
« Nous nous trouvons aujourd’hui à la croisée des chemins. Les choix réglementaires, budgétaires et politiques que nous faisons aujourd’hui façonneront le visage du monde numérique de la prochaine décennie. Si nous laissons s’installer les logiques d’enclosure, de captation opaque de la valeur et de saturation par les contenus synthétiques, le web de demain sera un espace fragmenté, privatisé et hostile au jugement critique. »
« Cap sur 2035, l’ère du Web des Communs »
« Mais une autre trajectoire est possible », souligne-t-elle dans une conclusion prospective imaginant une « ère du Web des Communs » en 2035. Les biens communs numériques y seraient érigés en piliers de nos politiques publiques, afin de « concevoir un futur où la technologie émancipe au lieu d’enfermer », dans le cadre d’un écosystème numérique européen opérant lui aussi sa mue vers un modèle « durable, souverain et profondément démocratique » :
- les systèmes d’intelligence artificielle générative ne seront plus des boîtes noires capturant unilatéralement la connaissance humaine, mais un écosystème d’IA fondé sur la réciprocité obligatoire (« Share-alike », à la manière des licences « libres »), où les grands modèles commerciaux (y compris les données d’entraînement et les poids des modèles d’intérêt public) nourriront en retour l’écosystème ouvert ;
- un modèle inspiré par la sobriété et la gouvernance humaine de Wikipédia, le web sera composé d’architectures sécurisées dès la conception (« safe by design »), au point que les interfaces truquées (dark patterns) et les flux algorithmiques conçus pour maximiser l’addiction attentionnelle appartiendront au passé ;
- une science ouverte généralisée, chaque recherche financée par le citoyen sera immédiatement disponible pour le citoyen, accélérant la lutte contre la désinformation globale, et les verrous numériques et tarifaires sur la culture définitivement abolis ;
- une société de « consommation de l’information » transformée en une « véritable démocratie du savoir » reposant sur des citoyens ne se contentant pas d’aller voter, mais agissant aussi comme contributeurs co-gérant les communs de la connaissance de cette « république numérique ».
« Faire le choix des biens communs aujourd’hui, c’est refuser la fatalité des monopoles technologiques pour bâtir une autonomie numérique ouverte, humaine et durable », conclut Wikimédia, pour qui « il ne tient qu’aux décideurs publics de s’emparer de cette feuille de route pour faire de la France et de l’Europe les pionnières de cette nouvelle ère numérique » :
« Le modèle de Wikipédia a prouvé qu’une utopie numérique pouvait devenir une infrastructure mondiale indispensable. En 2035, les biens communs numériques ne seront plus l’exception alternative, mais l’architecture de référence de nos services publics et de notre économie de l’innovation. »
« Une troisième voie existe »
Le livre blanc de Wikimédia France dresse 6 « priorités » déclinées en 28 « recommandations concrètes », qualifiées de « véritable feuille de route politique et législative pour bâtir un écosystème numérique transparent et pluraliste » capable de conjuguer innovation, démocratie, protection des droits fondamentaux et accès universel à la connaissance. L’association « portera activement » cette feuille de route auprès des législateurs à l’approche des échéances politiques majeures que sont les sénatoriales en septembre 2026 et la présidentielle en 2027 :
- Préserver l’intégrité de l’information face aux risques de désinformation et de manipulation.
- Construire un partenariat équilibré entre éditeurs de solutions d’intelligence artificielle et producteurs de connaissances.
- Établir l’éducation aux médias et à l’information comme levier central de la résilience démocratique.
- Le rééquilibrage du droit d’auteur pour équilibrer la protection la création et la circulation des connaissances.
- La garantie d’un environnement numérique respectueux des libertés fondamentales et protecteur des utilisateurs.
- La reconnaissance des biens communs numériques comme des infrastructures stratégiques au service de la souveraineté, de l’innovation et de l’intérêt général.

Selon Wikimédia France, la souveraineté numérique ne saurait être « réduite à une simple logique d’autonomie industrielle ou de concurrence économique ». Elle « suppose également la préservation d’infrastructures de connaissance ouvertes, transparentes et gouvernées collectivement » :
« Entre le modèle des plateformes commerciales intégrées et une approche fondée sur le repli technologique, une troisième voie existe : celle des biens communs numériques. Faire des communs le pilier de nos politiques publiques signifie sanctuariser le principe d’une souveraineté ouverte, une approche où la technologie et l’information restent gouvernées démocratiquement, co-construites par et pour les humains, de manière transparente, et accessible à toutes et tous. »
Wikimédia rappelle que le fonctionnement de l’encyclopédie participative « illustre pleinement la notion de commun numérique », telle que développée notamment par Elinor Ostrom, première femme à recevoir le Prix dit Nobel d’économie « pour son analyse de la gouvernance économique, et en particulier, des biens communs » : une ressource partagée (le savoir), gérée par une communauté (les contributeurs) selon un système de règles partagées et transparentes (la coconstruction des articles) visant à « éviter sa destruction ou sa capture par des intérêts privés », résume le livre blanc.
Un « test Wikipédia » avant tout projet de loi et de régulation du numérique
Wikimedia réclame un « soutien plus direct et stratégique » pour que la France et les instances européennes reconnaissent les communs numériques comme des « infrastructures stratégiques d’intérêt général », afin que des financements d’avenir pérennisent ces écosystèmes, « sans jamais interférer avec leur indépendance éditoriale ou leur gouvernance interne ». Cette demande fait écho à la Stratégie nationale de lutte contre les manipulations de l’information 2026 - 2030 dévoilée par le SGDSN et VIGINUM en février dernier.
- Infox, ingérences & cie : la France veut « garantir que chacun puisse penser librement » (1/4)
- Comment la France entend concrètement lutter contre les manipulations de l’information (2/4)
- Infox : la France veut faire de l’Europe un « exportateur de stabilité informationnelle » (3/4)
- La Chancellerie et VIGINUM accélèrent la lutte contre les manipulations de l’information (4/4)
Face à la polarisation algorithmique, elle rappelle que la « neutralité de point de vue » qui guide les projets de la connaissance libre comme Wikipédia vise à « représenter de manière honnête, proportionnée et documentée les différents points de vue et avis sérieux autour d’un fait ». Elle appelle les pouvoirs publics à y contribuer en soutenant les travaux de recherche et expérimentations visant à « développer des interfaces numériques favorisant la contextualisation, la diversité des perspectives et la transparence éditoriale ».
Wikimédia propose également d’instaurer un « Test Wikipédia » préventif, dont une version (en anglais) avait été mise en ligne l’an passé afin d’évaluer tout projet de loi et de régulation du numérique. Le test doit s’assurer que des obligations (souvent pensées pour censurer ou filtrer les réseaux sociaux commerciaux) ne détruisent pas le modèle collaboratif et non lucratif des communs par ricochet, et ne bloquent pas le partage libre des connaissances qui participe à l’intérêt général.
Souriez, vous êtes filmés
Vous allez voir que l’IA rapprochera les humains et profitera à tous, affirme Meta dans sa dernière campagne de pub. Ce discours optimiste se heurte à une réalité qui a la tête dure.
Les craintes, voire la haine, que suscitent l’IA générative chez certains sont largement alimentées par les agissements et la communication désastreuse des grands acteurs du secteur. OpenAI ressemble à un bateau ivre emmené par des capitaines en totale roue libre, Anthropic annonce régulièrement l’apocalypse, SpaceXAI cache son usage massif de turbines à gaz pour son centre de données géant, tandis qu’une économie circulaire s’est mise en place qui brasse des centaines de milliards de dollars au profit d’une poignée de dirigeants… aspirant au passage les capacités de production de mémoire, ce qui fait exploser les prix des ordinateurs et des consoles. Sans oublier le tropisme militaire très appuyé des labos IA, les conséquences environnementales des datacenters, le pillage généralisé des œuvres de l’esprit, ou encore la hausse des prix de l’énergie, le tout avec l’aide très visible des gouvernements.
Une technologie difficile à aimer
Le tableau n’est donc pas spécialement glorieux. Histoire de redresser la barre, Meta a produit un spot de pub à la gloire de l’IA dans lequel le groupe – qui investit sans compter dans cette technologie – se veut optimiste pour l’avenir. « Certains voudraient vous faire croire que l’IA nous isolera davantage, qu’elle finira par nous laisser sur le bord du chemin », explique la réclame. « Nous ne pourrions être plus en désaccord. Traitez-nous d’optimistes, de rêveurs. Comme nous l’avons toujours fait, nous misons sur les gens », poursuit Meta.
Les mauvais esprits auront relevé que la chanson de David Bowie qui illustre la publicité, « Five Years », parle de… fin du monde, comme s’en amuse TechCrunch. L’humanité n’a plus que cinq années à vivre, chante-t-il. Pas sûr que ce spot rassure les personnes inquiètes du nouveau monde merveilleux promis par Meta !
L’ironie n’a en tout cas pas atteint Mark Zuckerberg, qui écrit sur Facebook que « que nous entrons dans cette nouvelle ère de l’IA, [et] nous continuons de penser que l’avenir appartient à tout le monde. Nous voulons donner à chacun les outils nécessaires pour réaliser pleinement son potentiel et veiller à ce que les bénéfices de la technologie profitent à tous. »
Un discours en droite ligne avec la « vision » du fondateur et patron de Meta sur la « superintelligence personnelle », autrement dit d’une IA au service de tous. Un projet qui se concrétise entre autres par les lunettes connectées embarquant l’assistant maison, Meta AI. Malgré les belles paroles sur une IA qui libérerait l’humanité de ses chaînes, Meta reste Meta et cherche à transformer le succès de ces produits en outil de surveillance généralisée : l’entreprise tente depuis quelques temps d’intégrer en douce une fonction de reconnaissance faciale, et réfléchit à un système qui enregistrerait tout, tout le temps.
Quand les lunettes dérapent
Meta ne veut cependant pas tuer la poule aux œufs d’or. La réputation de ses lunettes, conçues en partenariat avec EssilorLuxottica, commence en effet à se dégrader en raison de l’utilisation malsaine que certains font de ses capacités d’enregistrement vidéo. On a vu fleurir ces derniers mois sur les réseaux sociaux des vidéos de type « caméra cachée » (blagues douteuses, drague lourde) postées par des petits malins qui bidouillent la loupiotte de leurs lunettes pour éviter de prévenir qu’un enregistrement est en cours.
Meta va serrer les boulons pour empêcher l’enregistrement vidéo en cas de diode trafiquée. Nul doute que d’autres solutions émergeront pour contourner cette protection ; et puis une petite lumière n’est parfois pas suffisante pour alerter les gens alentour (qui ne connaissent pas tous nécessairement ces appareils).
En attendant, Instagram a décidé de sévir : Adam Mosseri, le patron du réseau social, a annoncé que les vidéos de ce type seront retirées. « Si vous publiez du contenu qui exploite des personnes ou les harcèle, comme beaucoup de ces vidéos de techniques de drague dont nous avons entendu parler et que nous avons vues, nous supprimerons ce contenu », a-t-il expliqué dans une Story.
Le dirigeant ajoute : « Nous ne voulons pas que des personnes filment discrètement d’autres gens, les harcèlent, puis publient ces vidéos sur notre plateforme. Nous essayons donc de lutter contre ce phénomène par tous les moyens possibles. » Les comptes de deux « coachs en séduction », qui comptaient plus d’un million d’abonnés, ont ainsi été désactivés. Ils se filmaient en train d’aborder des femmes dans les lieux publics avec des lunettes Meta.
L’entreprise veut absolument éviter que le surnom qui commence à émerger pour ses lunettes (« pervert glasses », ou « lunettes de pervers ») ne leur colle à la peau. Il est peut-être déjà trop tard. Meta peut bien promettre une IA qui rapproche les humains et « libère leur potentiel » : quand ses produits basés sur l’IA servent à filmer des inconnus à leur insu pour les exposer devant des millions de personnes, le discours publicitaire se prend rapidement le mur de la réalité.
Sur internet, personne ne sait que vous êtes une IA… sauf avec un badge « vérifié ». Meta vient de lancer un nouveau programme Facebook Verified pour aider les humains du réseau social (mais en reste-t-il ?) à communiquer avec d’autres humains. Il s’agit d’un badge avec une coche, affiché à côté du nom du profil.
La vérification est gratuite, mais elle nécessite l’enregistrement d’un selfie vidéo. Ce dernier est ensuite comparé aux photos du profil pour confirmer que l’utilisateur est bien la personne qu’il annonce être. Le processus est rapide, promet Meta.

Au vu des informations que possède l’entreprise sur ses utilisateurs, un selfie vidéo de plus ou de moins ne changera probablement pas grand-chose, mais l’opération implique tout de même de confier à Meta une donnée biométrique supplémentaire.
Le programme est ouvert à tous les utilisateurs de Facebook âgés de 18 ans et plus, qui respectent les standards de la communauté, notamment les règles interdisant la fraude, les arnaques et les pratiques trompeuses. Le comportement de l’utilisateur ne devra présenter aucun signe de comportement non authentique. Le déploiement se fera progressivement, pays par pays.
Le badge « vérifié » sera visible sur les profils du Marketplace, du service Rencontres, des groupes et du profil pour commencer. À terme, les coches feront leur apparition dans les publications du fil d’actualité, ce qui ne sera pas inutile sur un réseau social où les IA et les contenus générés par IA pullulent. « Il devient essentiel de pouvoir distinguer clairement les vraies personnes », reconnait le groupe.